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Samedi 26 janvier 2008

A ce moment, je plie mes affaires, range mon sac et prend un verre de thé chaud accompagné de quelques menues tartines avant de mettre ma cape car il pleut et de commencer ma première étape en Espagne, jusqu’à Larrasoana. Le terrain en sous bois est pentu et détrempé, dangereux par un grand nombre d’éboulis. Les montées sont nombreuses, mais la déclivité n’est pas comparable avec celle menant à St Jean Pied de Port. C’est une sorte de procession continue de marcheurs qui est parti dès 2h00 du matin et qui s’égrène maintenant vers Larrasoana.   Je chemine avec Philippe que j’ai rencontré à l’étape précédente, accompagné de son chien Cléo. Il a adopté cette chienne alors qu’il quittait le Bruyère en Suisse, pour le chemin de St Jacques. Cette décision lui entraîne beaucoup de contraintes lors de la recherche d’un hébergement. En effet, il est plus facile de loger dans les gîtes avec un cheval ou un âne que l’on peut mettre au piquet dans une parcelle d’herbe, qu’avec un chien. Aussi, après Roncevaux a-t-il du prolonger son étape de 10 Km, pour enfin s’autoriser à coucher sur le parvis d’une église dans un village désert. Il marche très vite ce qui me donne la possibilité de forcer moi-même le pas, dans les montées que j’apprécie de plus en plus que la forme physique vient. Je rebute aux descentes qui bloquent les genoux.

A 13h00, j’arrive au gîte de Larrasoana qui se trouve fermé jusqu’à 15h30, heure à laquelle l’accueil sera possible par les hospitaliers ou agents communaux. En fait, c’est l’heure commune de tous les accueils

Mais c’est important d’y être en avance si l’on veut disposer d’un lit bien situé dans le dortoir, garantie d’une nuit sans trop de perturbations, surtout celles des « lèves tôt ». Pour l’heure, chacun profite de faire sécher ses chaussure eu chaussettes trempées d’eau, et d’autres de tromper le temps en engageant une partie de pelote basque avec Pala (raquette), dans le mur à gauche de la salle de sport du village. En effet, dans chaque village traversé depuis St Palais, et jusqu’en Castille, nous allons rencontrer des trinquets et des frontons avec ou sans murs à gauche, pour des parties de pelote basque. Naturellement beaucoup de questions fusent à la vue de ce jeux pour lesquelles je suis sollicité et n’est pas de mal à donner les réponses satisfaisantes, sans trop paraître expert.

 Comme je suis le premier arrivé, je fais les frais de la mauvaise humeur des hospitaliers qui à l’ordinaire sont gentils et prévenants. Après le coup de gueule, l’ambiance redevient sympa et détendue. Contrairement à l’information portée sur le guide, il n’y a pas de possibilité de restauration, ni de cuisiner, d’alimentation, hormis un bar qui n’ouvre qu’à 18h00. Tous les pèlerins attendent sagement en plaisantant et se dorant au soleil de la soirée, que le restaurant ouvre et nous fasse profiter de son menu pèlerin à 8€, qui a satisfait tout un chacun : salade de crudité, veau en sauce, gâteau maison congelé, et vin. En fait se sera le menu typique de touts les menus pèlerins du Camino, et son prix pourra varier de 8 à 10€.

Le jeudi 29 juin, le chemin va nous mener à Pampelune, première grande ville espagnole, puis poursuivre vers Cisure Minor pour trouver un hébergement, distant de 22 Km. Pas de petit déjeuner possible à l’auberge municipale, aussi je débute la marche à 7h00, sous un soleil naissant qui nous prépare une excellente journée. Déjà le ciel se libère de ses nuages, et le soleil apparaît dans la couleur rouge qui filtre au travers des nuages. Peu de dénivelé, mais des versants à suivre, qui me mènent à ARRE, banlieue de Pampelune où je prends mon petit déjeuner dans un bar très accueillant, et sympa. : Café crème et pain au chocolat, pour 2.50 €. La banlieue de Pampelune est très industrielle, et de gros travaux sont en œuvre. Cela me réjoui le cœur de revoir des rues, des places aérées et grouillantes de monde, au travers desquelles je peux me faufiler en cherchant mon chemin. Je profite de l’occasion pour visiter la cathédrale transformée en musée. La caissière, destinée à faire fonction de guide en français, profite de ma présence pour m’organiser une visite guidée à laquelle s’associent un groupe de pèlerins. Le temps passe dans cette magnifique découverte, mais l’histoire de ce monument ainsi racontée est tellement intéressante  que chacun profite de ce privilège. 

L’équipe se dirige vers les Corréos pour acheter une carte téléphonique pour le portable de Gérard. En fait, et après essais, cette carte ne fonctionne pas pour son portable, car il est bloqué, mais donne satisfaction pour le mien. A ce sujet, l’ouverture de mon poste portable à l’international, n’a pas été possible. Je cherche une paire de semelles pour Julien qui soufre de difficultés à marcher dans ses chaussures trop lâches. Au lieu des 23 € proposé  par une pharmacie, j’en trouve une dans un magasin de chaussures, pour 4 €, offerte à un prix « pèlerin » de trois €. La ville est magnifique sous le soleil, et nous nous imprégnons de l’ambiance espagnole, jusqu’à déjeuner dans un bar typique du centre ville historique, d’un menu « pèlerin » à 10 €. Puis, c’est le départ, et la traversée de la cité universitaire, avec son parc immense, verdoyant, aéré, les remparts et les douves de l’ancienne forteresse ceinturant la ville, renforcent notre bonne humeur.

Nous arrivons à Cizur Menor vers 14h00, à la maison des hospitaliers de l’ordre de Malte. L’accueil est charitable, chaleureux généreux et très cordial. Après l’habituelle lessive des effets du jour, je visite la petite ville templière, son église, ses remparts, et je cherche la « tienda » où je me fournirais en fruits et chocolat pour le trajet  du lendemain qui devrait nous mener à Puente la Reina, mais pour l’occasion nous irons jusqu’à Cirauqui, soit 26 KM.

Aujourd’hui, Philippe vient me demander de lui faire le prêt de 80 €, de quoi tenir jusqu’à la fin du mois. Sur le chemin, personne ne se perd, et je sais que la dette poursuivra le débiteur jusqu’à St Jacques. Aussi je n’hésite pas et lui fait cette avance, sachant qu’il s’est joint à une canadienne et qu’ils se trouvent dans le plus grand dénuement. L’avenir me donnera la leçon à tirer de cette expérience.

Le chemin est nouveau chaque jour, et de la tristesse des jours précédents, succède la joie et l’impatience de poursuivre avec l’arrivée du soleil et la traversée de paysages enchanteurs et variés, champs de blé à perte de vue puis montagnes verdoyantes.

Jeudi 28 juin, le dortoir était au complet, et comme à l’accoutumé, j’ai supporté l’excès dans les odeurs et les ronflements. La matinée est proche, et dès les premières lueurs du jour, les  bruits de rangement dans les sacs à dos, la manipulation de sachets en plastic, et la sortie des sacs vers la cuisine collective se précipitent, encourageant la plupart à se lever. J’en fait autant, et rapidement, je suis prêt à partir, alors que les premiers rayons de soleil teintent le ciel sur Pampelune, les crêtes où se dresse la ligne d’éoliennes, que nous aurons à atteindre avant la fin de la journée. Le groupe, de cinq se met en marche, et traversant Cezur Menor, nous nous engageons dans des champs de blé couleur d’or. La piste se fait poussiéreuse et à 4 Km de notre départ, Gérard déplore l’oubli au gîte de son insuline, dans le frigo. Le groupe se sépare alors, Julien part avec Elena, l’Australienne, et Catherine, la suisse du haut valais, et moi je reste à l’intersection du sentier et de la nationale 110, à garder nos deux sacs pendant que Gérard court chercher son insuline. Une heure après, il réapparaît et c’est avec beaucoup de volonté à cause de la faiblesse de ses muscles en raison du manque de sucre, qu’il gagne la ligne des éoliennes et les statues de pèlerins en fer, d’Alto Del Perdon. Atteindre  Urtega fut rapide, et je pus prendre un petit déjeuner à 10h30, soit café crème et part de gâteau. Le groupe était reconstitué, et devait marcher de concert pendant quelques étapes. A 11h30, nous étions à Puente La Reina, que nous avons découvert avec plaisir comme première ville vraiment espagnole que nous rencontrions. Des rues étroites bordées de vieilles maisons rapprochées, des façades souvent blasonnées, qui débouchent l’église, la place aérée et bondée de monde ou simplement le pont roman de Puente la Reina, après l’office de tourisme. La ville résonnait des musiques des chants et des danses des fêtes locales et scolaires. Les couleurs vives et multiples complétaient le tableau de vacances et nous restions sur le parvis de l’église à grignoter devant cette exubérance. L’accueil à l’office de tourisme est particulièrement chaleureux, et les magasins à proximité nous offrent des gâteaux de fabrication locale, que l’on sait avoir été confectionnés à notre intention. Bien sûr, l’offre une fois faite est satisfaite, et la communication est vite engagée. J’en profite pour faire le plein de documentation sur les chemin de St Jacques en Navarre. Après achats dans les « tiendas », je déjeune à l’ombre des arbres d’une place grouillante de monde. C’est l’occasion de rencontrer deux femmes jacquaires de Tarbes qui finissaient leur périple à Puente la Reina. L’échange est très cordial, et quelques peu envieuses de notre sort, elles nous quittent dans des « buen camino » répétés.

 

Toutefois, il faut partir, et la ville envahie de pèlerins se vide comme elle s’est rempli. L’après midi promet d’être plaisante au regard des  6 Km restant à parcourir, du soleil qui ravive les couleurs d’un autre paysage de montagnes et de coteaux, où paraissent des vignes innombrables. Nous arrivons à Cirauqui, et nous traversons le village pour atteindre l’église fortifiée, puis le gîte privé. L’accueil est comme toujours très chaleureux et l’installation rapide. L’habitude aide, et     après la lessive de quelques vêtements, nous recherchons un bar que nous trouvons dans « centre social ». Je passe la porte et j’entre dans une salle vide de monde, à un tenancier ahuri, occupé à regarder un film à la télévision, quatre cervezas. IL suivait béatement le film « Smith and Smith » sur Canal +. Arrivent trois autochtones qui à l’image du serveur s’installent devant la télévision sans prêter attention à nos personnes. Le bruit étant si fort que je paie les consommations et quitte l’établissement en claquant la porte, sans provoquer le moindre mouvement de leur part.  Le soir nous soupons à l’auberge dont le patron du gîte est le cuisinier et sa femme la serveuse. L’endroit se situe dans une cave murée de pierres, voutée, aménagées en petits salons particuliers pouvant recevoir des sociétés de 10 à 15 convives. Autour d’une table ovale, on elle nous sert avec gentillesse un apéritif avec olives, une grande salade composée, un plat de pâte à la carbonara, avec boulettes et sauce tomate délicieuse, du vin suivi de glace variée, le tout pour 8 €. Comme cette personne est aussi artiste, les murs exposent ces œuvres de sculpture et de peinture. Dans le domaine de la sculpture, ce sont des statuettes, représentant des corps dans des positions corporelles fines et très expressives, comme une femme en train d’accoucher, ou un corps de femme coupé en deux….Entre nous, nous en rions car à la vue de ces statues, nous en donnons une interprétation psychanalytique, et pour moi un rappel aux peinture de Maria , en ce qui est de la représentation d’une femme assise d’où sort de son vagin un enfant nouveau né, relié encore par son cordon ombilical, des corps coupés au niveau des jambes, des tableaux montrant l’évolution des couples jusqu’à l’enfantement, et un homme au buste écrasé.

Le lendemain matin, sans petit déjeuner, nous quittons le gîte vers 6h30, pour une étape qui doit nous conduire, par la continuité du sentier romain, par Lorca et Estella, à Villamayor des Monjardin où nous coucherons dans un gîte privé tenus par des hollandais. Dès le départ, le temps s’annonce merveilleux et le dénivelé à la lecture des cartes, peu agressif. Nous sommes maintenant habitués à marcher en groupe, et c’est naturellement que nous allons essayer d’inclure une lettone, Mahia, dans le groupe. La vallée est merveilleuse, et les vignes se succèdent jusqu’à Lorca où nous allons prendre notre petit déjeuner à l’entrée de la ville, dans une pâtisserie dont la qualité des produits ne donne pas satisfaction. Le terrain est argileux, et crayeux, mais peu poussiéreux. Le chemin est jalonné d’églises fortifiées et de village noyés dans les vignes.

Mais la ville est mignonne et annonce Estella que je parcours de long en large. C’est une petite ville  riche, avec des bâtiments prestigieux, beaucoup de commerce, et à cette heure noyée de population dans les rues. Puis, à la sortie de la ville, en quelques centaines de mètres, nous arrivons à la bodega d’Irache, où se trouve la fuente d’Irache, fontaine installée par la cave des vins éponymes, à l’intention des pèlerins de passage. Naturellement, je bois du vin servi par cette fuente, très connus de tous les pèlerins, et qui est « excellent » d’après Aimery Picot. Je visite l’église du monastère de moines qui exploitent cette propriété vinicole, et me repose dans le jardin qui le jouxte. Il reste 9 KM à parcourir jusqu’à Villamayor Monjardin, par un sentier qui monte sous un soleil de plomb, et des sentes caillouteuses. La consommation d’eau devient importante, à l’approche du château fortifié défendant Villamayor. C’est un village du sud, très pittoresque qui nous accueille dans le dédale de ses rues fraîches, aux maisons rapprochées et à la chaussée incurvée.  Nous arrivons à l’auberge tenue par des chrétiens hollandais assistés d’américains du nord. Pour 16 €, nous bénéficions de la nuitée, du souper, et du petit déjeuner. Au groupe constitué de Bernard, Julien, Catherine la suissesse, et Alena, la canadienne, la slovène, Mahia, a essayé de s’intégrer. Cette dernière est trop indépendante et malgré des signes favorables à vouloir se rapprocher de nous, elle n’en demeure pas moins hésitante. De toute façon, chacun est libre et l’adhésion comme la séparation sont des situations acceptables. Ce soir j’ai exercé la fonction de secouriste auprès d’un couple de touristes espagnols, dont le mari souffrait depuis Roncevaux d’ampoules sous les deux pieds. Grâce à la technique acquise au cours de mon périple français, je lui ai montré comment faire un pansement et continuer sa marche sans trop souffrir, jusqu’à complet rétablissement.

Demain, 26 juin, nous nous rendons à Viana, distant de 29 Km. Le repas servi par Jean, le hollandais, chef de la mission œcuménique,   a été préparé par la jeune épouse d’un missionnaire américains, de New York, qui, pendant qu’elle travaillait aux fourneaux, soupais avec nous, installé à nos côtés. Le dîner fut très convivial, et familial. Il a débuté par une prière dite par un autre missionnaire. Il faut noter que le nom de l’albergue ne laisse pas présager de son option religieuse. Après une soupe composée, délectable, a suivi un plat de pâte fraîche dont la présentation ne laisse rien à envier aux établissements de prestige, tomates, poivrons, ciboulette et fromage râpé ne manquaient pas. J’en pris d’ailleurs deux portions. Que ne fut pas ma surprise, à l’issue de ce repas d’un appel à un moment de méditation organisée à partir de 21h00. A Villamayor, aucune activité sinon celle de chercher le sommeil ne pouvait combler la soirée. Aussi, lorsque je me présentais à la « méditation », je me trouvais entouré de cinq personnes, toutes d’origine germanique. Le déroulé de cette rencontre était  fortement de  tradition germanique et hollandaise, avec des chants, des prières dont je n’avais pas connaissance, et un guide marqué par les églises catholiques américaines. Au lieu de l’étude de passages de la Bible, qui aurait pu ouvrir l’esprit des pèlerins, ce fut chants et musique douce. J’étais fortement déçu, et alors que je leur parlais de l’abbé PIERRE, et des disciples d’Emmaüs, ils y prêtèrent qu’une attention superficielle. Je forçais le trait à leur demander le passage de Luc relation la rencontre de Jésus avec les disciples sur la route d’Emaus. Ils ne le connaissaient pas, et durent le rechercher….J’en étais d’autant plus désarçonné.

Le samedi 30 juin, après un excellent et copieux déjeuner à l’auberge, je pris la route sous un ciel dégagé de ses nuages, ce qui nous annonçait un temps magnifique et chaud. Que ne fut notre surprise de constater que partis à cinq nous nous trouvions à quatre : Julien s’était joint à des amis belges connus à St Jean Pied de Port. Cette façon de disparaître puis de réapparaître va devenir le trait caractéristique de Julien durant tout le Camino.

A Los Arcos, alors que je visitais son admirable église, par ses rues typiquement espagnoles, Alena nous fit savoir qu’elle se détachait du groupe pour suivre sa propre voix. Cela ne nous affecta pas, car cela était la loi du Camino : chacun faisait son propre chemin. Il semble que Gérard fut un peu affecté par cette « défection », et cela ne me troubla pas, car je savais qu’à tout moment je pouvais décider de me détacher du groupe auquel je venais à peine de me joindre. Je n’ai pas parcouru près de mille Km seul, pour s’attacher au bout de quelques étapes en commun. Mais les évènements allaient en décider autrement.

Le paysage avait complètement changé, et nous progressions entre vallons et vallées, au travers des immensités de vignes qui nous annonçaient la Rioja.

La fraîcheur de la matinée passa rapidement à la chaleur, et à 12h00, le soleil tapait dur. C’est à Sansol que nous avons déjeuné, pansé nos ampoules et soigné nos articulations de chevilles malmenées par les chemins caillouteux. Nous avons aussi rencontré des espagnols « bici », qui participaient à un programme Erasmus en France, à Dunquerque, d’où ils étaient partis pour Compostelle, en empruntant le chemin de l’Atlantique, rejoints  Aïnhoa, puis Pampelune, pour se glisser dans le « Camino Frances ». Ce fut un échange en français, très cordial et emprunt de sympathie.

Après une avancée très pénible, annonciatrice de nos futures étapes sous un soleil torride,  nous sommes arrivés vers 15h00 à Viana où nous sommes tombés devant notre groupe d’étudiants espagnols qui déjeunait à l’heure espagnole, sur une place avec une fontaine d’eau fraîche.

Je me suis installé dans l’auberge des « «pelegrinos » qui nous offrait un lit pour 6€. Pour les autres services, comme le lavage du linge, son séchage, l’usage d’internet, tout est payant. Chacun fait donc sa lessive et sa cuisine quand c’est possible. Pour moi, ce sera une « tortilla » et une « cerveza », car aucun repas n’est à envisager avant 21h00et la ville est sillonnée par des bandes de jeunes venues des environs pour le tournoi de « cesta punta », retransmis par la chaîne de télévision locale. Dès 20h00, dans le quartier ancien et sous les fenêtres de l’albergue, se sont installées des structures de concert et de danse. Aussi, la nuit la nuit a été troublée par un flot continu de musique rock, qui faute de contribuer à mon sommeil n’a pas été déplaisante.  De fait, dès 6h00, nous avons tous, et d’un même mouvement quitté l’auberge, en direction de Logrono, puis vers Ventosa de la Cuesta en passant par Navarete. Le ciel était bas et prêt à pleuvoir. Heureusement, les gouttes de pluie n’apparurent que tard dans la soirée.

par Le Baroudeur publié dans : saint jacques de compostelle
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Samedi 26 janvier 2008

 

Le samedi 23 juin, j’ai déjeuné chez Josette et Roger qui m’attendaient à 13h30, à mon arrivée en bus de Dax, à la piscine de Saint Palais. Repas complet, avec apéritif, vin cuit, jambon de Bayonne et melon, petit pois et canard, fromage de brebis coupé dans la longueur, et non dans la largeur, et pour finir, gâteau basque.

Roger m’a accompagné pour un repérage du départ à partir de la maison franciscaine. A l’issue, je me suis installé à la maison franciscaine, et une rencontre avec les deux hospitaliers, chargés de l’entretien et de la gestion de la maison. Celle-ci va bientôt abriter le musée des traditions jacquaires de St Palais, fermé au moment de ma visite.

Après avoir soupé d’un demi-litre de yaourt liquide, je prends congé de mes deux hospitaliers, pour me rendre à l’église du village car à 21h00 un office en langue basque est prévu. Très beaux chants religieux, mais office incompréhensible, hormis la communion. A l’issue je suis abordé par deux femmes qui ont reconnu mon statut de pèlerin, et m’entretiennent de leur expérience. Il est vrai que ma présence dans l’assemblée a dénoté par mon accoutrement et attiré forcément l’attention dans cette ville marquée par le pèlerinage, comme en témoigne le musée  Jacquaire, et le flot des pèlerins toute la journée dans ses rues.

Le 24 juin, je me lève dès 5h30 et à l’issue d’un petit déjeuner copieux préparé par l’hospitalière, je prends le chemin à 6h30. Le jour est à peine levé et la brume matinale habituelle au pays basque, a envahi les vallées. Le soleil levant éclairci au fur et à mesure les sommets et versants des valons. Le chemin grimpe dès le commencement, alors que je passe devant la stèle de Gibraltar, qui indique au pèlerin les directions de provenance à partir de la rose des vents, et les villes basques les plus proches. Par un chemin montant de pierre et d’asphalte, j’atteins l’oratoire………devant lequel se tient une table d’orientation montrant les monts et vallées reconnaissables de cet endroit. Sur un banc, devant l’oratoire dormais dans son sac de couchage un jeune allemand qui avait passé la nuit à cette hauteur. En anglais, je comprends qu’il avait entrepris un périple de 2200 Km et qu’il  n’avait pas mangé depuis longtemps. Je lui offre l’un des deux sandwiches que Pilar m’avait confectionné avant de partir. A son visage réjoui, je traduis que cela lui a fait plaisir, et je reprends ma route. Sans difficulté aucune, en admirant le paysage vallonné et vert du pays basque, j’atteins Ostabat où, au seul bar ouvert ce dimanche, je prends mon second petit déjeuner, et fait tamponner mon Crédencial. Je passe par la chapelle d’Arembeltz,  puis, atteignant mes 20 Km réguliers pour 12h00, je décide de prendre un repos et grignoter le second sandwiche de Pilar. Couché dans l’herbe, les pieds nus dans l’herbe fraîche, je suis rejoins par trois lyonnais partis de leur domicile. Ils me disent se rendre à une auberge pour un repas paysan. Je suis alors douteux de leur capacité à poursuivre la marche jusqu’à Saint Jean Pied de Port, à l’issue de leurs agapes.

Je me rappelle la montée abrupte permettant l’accès à St Jean Pied de Port. De fait, mes craintes ont été avérées, quand j’ai du entreprendre moi même cette dernière partie de l’étape pendant laquelle j’ai ruisselé de sueur tout du long. Je pénètre dans St Jean par la porte des pèlerins et débouche dans la rue d’Espagne que je sais de voir emprunter le lendemain matin pour entreprendre ma montée vers Roncevaux. Au 39 rue de la Citadelle, je suis accueilli avec beaucoup de chaleur et de prévenance par les représentants des Amis de St Jacques de Compostelle, des Pyrénées Atlantiques, qui me désignent un lit dans un dortoir de 10 places de lits superposés. A l’issue de la douche, je me fait expliquer le chemin vers Roncevaux, et les détails marquants : halte au refuge de Orisson, où je pourrais acheter un sandwich et boire un café, et les modalités d’installation au monastère des franciscain, à Roncevaux. Le gîte est situé au 36 rue de la Citadelle, où je rencontre une figure du chemin, en la personne de Jeannine, ou « mère des pèlerins », qui se préoccupe du bien des pèlerins.

Dans la salle à manger où je m’installe, chassé du dortoir par l’afflux des italiens qui se regroupent et ont le verbe haut, Jeannine a préparé pour les quatre français du gîte des pâtes et du saucisson de montagne. Elle mène son monde avec autorité et ne supporte pas ceux qui parlent plus fort qu’elle. Elle est très directive et soucieuse du respect du règlement présidant à la vie en communauté, et ne partage pas ses responsabilités avec quiconque. A part ses petits français, chaque nationalité a ses défauts ……

Le lundi 25 juin, je me lève comme recommandé, dès 5h30, après une nuit qui aurait pu être plus reposante. Mais, à  St Jean Pied de Port arrivent des nouveaux pèlerins descendus des cars et trains entiers, qui ne comprennent pas le respect du silence ni la nécessité de se coucher tôt avant une étape importante. Aussi je me lève de bonne heure avec quelques une, pour entreprendre cette étape de Roncevaux, dont tous les conseils s’accordent à caractériser de difficile surtout par mauvais temps. Durant le repas du soir préparé par Jeannine, «  à donativo », je rencontre un espagnol parlant un français clair, qui me disait les difficultés du chemin, l’expérience unique d’accéder à Roncevaux, et les dangers à reconnaître et comment les éviter. Aussi, à 6h00, je prends la route et dès le début je me rappelle de l’importance de la montée des deux premières heures, jusqu’à la fontaine de Roland. Je passe sans souci le refuge d’Orisson, puis, croyant déboucher sur cette fontaine de Roland, je suis un groupe de pèlerins, dont deux portent une cape rouge, qui se détachait dans le brouillard intense qui envahissait la montagne. En fait j’ai fait le choix de fixer mon attention sur ces deux capes plutôt que de tenter à chaque instant de repérer les marquage rouge et blanc du GR. Je prends ainsi un sentier de montagne ascensionnel, qui m’amène à aborder la limite de barbelé marquant la frontière d’avec l’Espagne. Le temps est fortement pluvieux, et la visibilité presque nulle, et je me reporte sur ces deux tâches rouges. Sur une crête rocheuse, je rencontre un jeune anglais qui paisiblement déjeunait d’un morceau de pain et d’un énorme fromage basque acheté plus bas. Je m’invite à ce repas hors normes, et décidé à poursuivre la progression, je repère des marques jaunes qui me rassurent dans un premier temps, puis me font redouter le pire en raison de leur absence. Dans le brouillard, j’entends des voix qui me permettent de rejoindre mon groupe de six dont les deux capes rouges qui s’était perdu. Après un conciliabule avec un jeune qui semblait le guide temporaire, je prends la relève, et décide de suivre les marques jaunes qui doivent mener quelque part. Marquant le sud/ouest, avec ma boussole, je rencontre un berger qui m’annonce que nous nous sommes certes perdus dans le brouillard mais aussi que nous avons tourné en rond. C’est ce qui était recherché, et nous regagnons le fil de fer barbelé, délimitant les deux pays, mais aussi nous permettant de rejoindre le GR au niveau de la Fontaine de Roland, à 1344 m d’altitude, dont une stèle marque 765 Km avant Compostelle. Une aventure de 45 minutes qui finit bien mais qui malheureusement a provoqué des blessures graves ou la mort pour d’autres que nous. C’est alors la montée vers le Col Lepoeder qui culmine à 1400 mètres, et enfin la descente par une piste pierreuse et glissante par une forêt luxuriante, pluie constante, brouillard, terrain pentu vers l’abbaye de Roncevaux, où je dois attendre 16 heures pour avoir un lit, prendre une douche et faire tamponner mon Crédencial. Le soir, je déjeune au restaurant car il y a de la truite au menu pèlerin à 8 € et aucune autre possibilité d’achat alimentaire, ni de cuisiner. Demain se sera Larasoana, distante de 27 Km, et pour l’heure, il est 20h00 et tous les pèlerins nouveaux arrivés ont rendez vous à l’église de Roncevaux où leur sera donnée la bénédiction après l’énoncé de la représentation pour chaque pays.

Dans le dortoir de 200 lits superposés, je dors comme un bébé, m’étant installé au fond de la salle. A 22h00, c’est l’extinction des feux par les hospitaliers qui ne rallumeront la lumière qu’au matin à 6h00.

Jean

par Le Baroudeur publié dans : saint jacques de compostelle
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Samedi 26 janvier 2008

Me voilà de retour à Melle, ce samedi 02 juin, après une absence de quelques jours pour rencontrer mon petit-fils, Matiu, né le 29 mai. C’est l’évènement le plus important pour ma famille, pour l’année 2007, et plus précisément il me remplit d’orgueil et  de joie.

Parcourir le chemin de saint Jacques représente quant à présent la réalisation d’ un projet personnel, sans recherche d’un gain particulier. Mais, le souci de provoquer le rappel de mon souvenir à ceux qui me sont proches, si tant est qu’il faille entreprendre des actions hors du commun ou inhabituelles pour rester dans le cœur de ceux qu’on aime, constitue une de mes réflexions le long de mon cheminement. Les parents cherchent toujours à ce que leurs enfants soient fiers d’eux, et plus encore leurs descendants, alors pourquoi ne pas avouer que cette prescription constitue une autre motivation à mon pèlerinage ????

Chaque jour révèle ses surprises, issues pour la plupart des capacités de réflexion du marcheur. Matiu s’est intégré dans le processus de fonctionnement de son grand père, qui chaque jour a une pensée pour lui comme pour les autres membres de la famille. Il en constitue avec les autres le moteur qui me sort de mon isolement, avec la capacité de rejeter tout ce qui est négatif ou peut constituer un frein ou un obstacle à la bonne marche des évènements, à l’entreprise de ses parents, qui méritent de constituer une famille heureuse autour de leur enfant.

L’isolement tend à donner la réelle valeur aux choses, aux évènements, ainsi qu’aux circonstances de la vie. D’abord, l’unité de temps est importante, puisqu’on ne peut réfléchir au-delà de 24h00. Chaque jour ne ressemble pas au suivant ni au précédent, et ce qui paraissait comme acquis, se trouve nettement modifié, voire une solution apparaît au dernier moment qui annule les craintes antérieures. 

Aussi, ce qui apparaît le plus durable et former les bases de l’édifice de la démarche, ce sont les éléments de détermination, les certitudes propres aux personnes, aux idées et à la croyance. Le reste constitue un ensemble d’éléments lié à l’environnement qui, comme les nouvelles du monde extérieur, sont amenés à changer.

Dernier point, en se rapprochant des éléments de la terre, et de ses agents qui y travaillent, la notion d’agressivité perd de son fondement et de sa valeur. Si les rapports humains ne sont pas essentiels voir recherchés, ils n’en constituent pas moins l’objectif de la marche, vers les êtres, les gens. Le pèlerin est vite amené à idéaliser, à humaniser tout type de rapport : il recherche la communication et ne comprend pas les obstacles qui se dressent sur cette route de bons rapports entre les êtres.

Aussi, je ne doute pas de la franchise de Catherine TEXIER, l’adjointe au maire de Melle, qui dès mon retour, m’accueille dans sa maison et m’installe à table, devant un repas complet. Heureuse pour moi de ma nouvelle condition de grand père, elle se renseigne comme une amie des conditions de la naissance de Matiu, pour enchaîner sur la présentation de sa famille, et précisément de sa fille Emmanuelle, qui rencontre de nombreuses difficultés de comportement. Elle a été amenée dernièrement a demandé le placement volontaire de sa fille dans une clinique spécialisée, pour troubles psychiatriques.

Ce soir là, je n’ai pas eu l’occasion de me retirer dans mon gîte, car la venue d’ Isabelle, la pèlerine de Nantes,rencontrée plus haut, et notre dîner chez Catherine a surpris tout ce monde. La voisine en a profité pour nous demander de remettre les lourdes grilles de son jardin sur les murs porteurs. Il est à noter que c’est dans ce jardin que la candidate Royale avait tenu une conférence de presse lors des élections présidentielles.

Le lendemain, le dimanche 03 juin, je prends la route dès 7h30 pour joindre Aulnay de Saintonge, distant de 35 km. Peu de temps après mon départ, le téléphone portable sonne pour m’apprendre qu’Emmanuelle se trouvait au CHU de Poitiers, après un grave accident dans la nuit. Elle avait manifestement profité de la vie cette nuit là et particulièrement abusé de la boisson, cause de son accident. Elle se trouvait dans le coma. Je promis à Catherine d’avoir une pensée particulière chaque matin pour sa fille.

Cet épisode de mon projet  est important, car elle montre la disponibilité d’esprit du randonneur, qui après avoir évacué tous les thèmes de réflexion secondaires est disponible pour les autres et prêt participer à leurs peines et leur joie. La capacité d’écoute est  importante, mais n’engage pas l’individu dans les cas d’espèce, hormis le soutien qu’il peut apporter. C’est certes un handicap pour qui a besoin d’autre type d’aide, mais le pèlerin constitue un confort à la réflexion afin de conduire l’autre à prendre ses décisions, et non une aide matérielle. Il est ressenti par beaucoup comme un ami mais non comme un partenaire. Le mari de Catherine est plus apte à tenir ce poste ainsi que les autres membres de sa famille.

Après un parcours sous une forte chaleur, je débouche à Aulnay en Saintonge sur une place vide de monde. La Halte jacquaire est tenue par une famille d’anciens bouchers qui s’occupe de l’entretien de l’église. Le donjon de l’ancienne forteresse est le seul monument certifié.

Le lundi 04 juin, je parcours 26 Km pour rejoindre St Jean d’Angély, avec un temps au beau fixe, un très beau soleil. Je traverse des champs de blé et de seigle, de maïs et les premières vignes.

A partir de Villedieu, commence le chemin de saint Jacques de Compostelle, balisé par le conseil général de Charente maritime. Des bornes de direction en béton, portant coquille et flèche de direction sont positionnées aux intersections et endroits difficiles de l’itinéraire jacquaire. Elles sont connues des gens du pays, qui sont capables de réorienter les marcheurs. Elles sont souvent conjointes au marquage du GR 655 ou à d’autres, ce qui complique la marche.

Aux abords  de Saintes, je côtoie un camp de gens du voyage, avant de descendre sur la ville, où je suis attentif à une stèle placée devant  la caserne désaffectée d’un régiment militaire, portant sur le départ des traversées du Sahara en 1922, de la « croisière noire », expédition en Afrique, en 1924puis de « la croisière jaune », en Asie, en 1931, organisées par l’enfant du pays, Louis Audonin DUBREUIL (1887/1960), dans le but de promouvoir la marque de voiture Citroën.  Je me rends au bureau du centre communal d’action social, et rencontre Mme Gobereau, qui se rappelant mon appel du mois d’Avril, me délivre avec gentillesse, un bon pur une chambre à l’hôtel de la paix, avec petit déjeuner.

Par la suite, je visite la ville et particulièrement le centre de culture européenne situé dans l’abbaye royale, et les deux tours de la cathédrale, puis les jardins qui donnent sur le canal St Eutrope.

Le 30 juin, je quittais St Jean d’Angély par le canal St Eutrope, pour rejoindre 39 Km plus loin, l’église St Eutrope, à Saintes. Dès le matin, une brume ouatait les vignes et les premiers champs de maïs, à laquelle succédait rapidement un fort soleil. Je traversais les villages de « les églises d’Argenteuil », du Drouet, de Mazerolles et de Belluires où je ne manquais pas d’en visiter les églises romanes remarquables.

Parti du pays de Boutonne, je passais par celui situé entre Boutonne et Charente, pour atteindre celui de Saintes où les vignes foisonnent. De fait, au cœur du vignoble de Cognac, et du Pineau, la route est jalonnée de panneaux publicitaires des marques locales.

J’avançais par des routes départementales, qui semblaient déboucher sur des champs et des forêts où je rencontrerais de la fraîcheur. Malheureusement, le soleil frappait de plus en plus fort, et aucune trace d’ombre ne se présentait, d’autant que je me trompais fréquemment de direction. Aussi, à 13h00, je me résolu à demander de l’aide à une ferme, où je trouvais les occupant en train de déjeuner dans le jardin. Je n’ai pas semblé perturber ce repas dominical, car la maîtresse de maison, mon troubler de ma présence et de mon accoutrement, m’a invité à déjeuner, puis satisfait à mes demandes. Je ne m’étais pas perdu, mais le marquage est tellement distant que le sentiment d’isolement vient vite et la crainte de se perdre aussi. Elle me remis sur le droit chemin avec gentillesse.

Sur le pont SNCF, un panneau informait le voyageur qu’une Halte Jacquaire située à l’église St Eutrope l’attendait. Après avoir traversé la ville dans son entier, je rencontrais Jacqueline COLSON, présidente de l’association des amis de St Jacques. Ayant déjà entrepris le pèlerinage à St Jacques plusieurs fois, son accueil a été chaleureux et enthousiaste. Après mon installation, je visitais un instant la ville. Alors que je devais demeurer deux nuits à Saintes, je la quittais le lendemain matin dès 7h00, et me dirigeais vers Pons, distant de 22 Km Comme à l’accoutumée, je fis le plus gros du chemin le matin, afin d’éviter les chaleurs, et arrivais à destination à 12h40. L’office du tourisme étant fermé, j’exposais les pansements de mes pieds dans le seul endroit frais du quartier, le hall d’honneur de la mairie, au grand reproche muet du conciliateur qui venait à sa permanence.

Après la ratification du crédencial par l’agent de l’office du tourisme, je m’installais dans le gîte de l’ancien hospice des pèlerins, éloigné du centre ville. En chemin, je saluais les statues de taille humaine, érigées par la commune au point de départ du chemin de St Jacques, sur le rond point. L’un des pèlerins représentés désigne aux autres la direction à prendre, qui sera celle de tous les marcheurs quittant Saintes.

Situé dans un bâtiment du l’ancien hôpital des pèlerins, le gîte est spacieux, en parfait état, très propre, doté de tout le nécessaire pour cuisiner, et surtout j’en étais le seul occupant.

Le 07 juin, de bon matin, je franchis la porte rénovée de l’hospice des pèlerins, et entreprenais une marche de 39 Km pour atteindre Mirambeau. Le temps chaud et orageux avait succédé à la chaleur caniculaire, et rendait la marche avec sac à dos pénible. Le paysage se modifiait à vue d’œil. De quelques champs de maïs et de vignes éparses, l’horizon se verdissait d’étendues de maïs et de vignes. La luminosité se reflétait sur la cilice des chemins, et le bitume chauffait les semelles. C’est avec soulagement que je gagnais le camping Le Carrelet, à l’entrée de Mirambeau dans lequel était réservé un mobil homme pour les pèlerins. Je fis alors avec le confort que l’on me proposait. Le contact avec les caravaniers fut plus  direct, plus chaleureux et intéressé par mon état de marcheur.

C’est à Mirambeau que finit le topo guide de la fédération française de randonnée pédestre, et je le laissais sur place, ne m’étant plus d’aucune utilité.

Le 08 juin, dès 7h30, je traversais Mirambeau pour parcourir les 30 Km qui me séparaient de Blaye, la clef du Médoc. En chemin, j’ai pris contact avec Mme DESFOSSE, chargé du gîte de St martin Dacaussade,  distant de 3 Km de Blaye. Mon avancée a été largement facilitée par une piste cyclable parallèle à la Nationale 10, qui joint Etaulier à Blaye. C’est une piste ombragée, aménagée sur une ancienne voie ferrée, qui traverse en exposant au soleil, des champs entiers de maïs et de vigne, des côtes de Blaye.

Alors que je déjeunais dans le jardin ouvert d’une propriété privée à Etaulier, une famille de riverains a gentiment participé, à mon repas en m’offrant des fruits et de la boisson à profusion, en m’encourageant et s’enquérant de ma fatigue. Le couple était habitué à porter un intérêt appuyé aux pèlerins auxquels il apportait son soutien matériel sans retour.

Arrivé à St Martin Dacaussade, je fus accueilli par Mme DESFOSSE, qui m’installa au gîte communal du village. Pourvu de tout le confort, il assure une parfaite indépendance, malgré le manque de commerce dans le village. C’est à un bar alimentation que je me fournis en nécessaire. J’en profite pour faire une lessive qui sèche rapidement au soleil.

A matin, je file vers Blaye en empruntant le restant de la piste cyclable. Je visite à mon arrivée la citadelle de Vauban, encore habitée, et qui surplombe la Gironde, ainsi que la seule rue qui mène au port, et où s’installe le marché. Je profite du délai d’attente pour le prochain bac, fixé à 9h00, pour renforcer ma réserve de pansements pour mes ampoules, boire un grand crème, et de rechercher sans succès un topo guide sur les chemins permettant la traversée du médoc, jusqu’à Saint Jean Pied de Port.

A 9h00, le bac quitte le quai pour Lamarcq, située de l’autre bord de l’estuaire. Ce passage était  très redouté par les jacquets du moyen âge, qui se faisaient facilement détrousser, jeter à l’eau ou tuer par les passeurs et leurs acolytes. Aujourd’hui, le passage est sûr, sympa quand le temps s’y prête, et le jacquaires attire l’attention des passagers.

De Lamarcq, 37 Km m’attendent de champs de vignes, sous un soleil de plomb. La fraîcheur est déjà passé et autre difficulté, aucun balisage n’aide le voyageur, si ce ne sont des indications de villages, de « châteaux ». C’est avec beaucoup de difficulté, de fatigue et de lassitude que j’atteins St Aubin de médoc, où aucune possibilité de logement ne s’offre à moi. Quand un dépanneur, futur jacquaire, propose de me conduire à St Martin de Médoc, où se trouve la Cure. C’est une ville moyenne, proche de Lacanau, et de ses plages, donc grouillante de touristes. 0 la paroisse, mon cas gêne les dames paroissiales, qui toutefois s’y intéressent durement, et finissent par me faire héberger à St Aubin de Médoc dans la maison de Mme CARDINAL. Marie Christine est veuve, et d’un âge avancé. Elle vit au quotidien avec le souvenir de la disparition de son jeune fils à l’âge de 23 ans et de celle de son mari, garde champêtre, très apprécié à la mairie de St Aubin. Cet homme a porté un intérêt soutenu aux conditions de vie des travailleurs agricoles, dans le cadre de l’activité syndicale. Il a été à l’origine d’une meilleure reconnaissance de leurs conditions de travail, mais aussi de leur hébergement. Il leur a fait attribuer des maisons individuelles, dont on peut apprécier la qualité à proximité des grandes exploitations vinicoles. En effet, ce sont les seules bâtisses localisées dans les champs, hormis les « châteaux », évidemment….

Le repas est simple mais la demande en écoute est très importante, après l’avoir assuré sur ma personne. Le lendemain dimanche, j’accepte de l’accompagner à l’office, de 10h00, où elle me présente à toutes ses connaissances. A l’issue, je me mets en marche vers Martignas Sur Jalle, Jalle voulant signifier »un ruisseau », distant de 13 Km, où je logerais à l’hôtel.

Le lundi 11 juin, à 9h00, je me dirige vers Le Barp, distant de 31 Km. Je pénètre carrément dans la forêt landaise avec interminables sentiers de sable, et Nationale 10 qui sectionne l’ensemble. Ma méconnaissance du terrain, mon manque de cartes IGN et surtout l’utilisation du seul guide disponible le « Lepère », me rabattent sur la Nat 10 et ses dangers. Mon moral en prend un coup, au fur et à mesure de la douleur croissante  résultant de mes ampoules et de mes articulations. Arrivé au Barp à 14h30, la mairie de donne l’accès au gîte communal. A remarquer que dès cette étape, la majorité des mairies n’ouvre qu’à partir de 14h00, voir sont fermées les mercredi et/ou lundi après midi. Je suis rejoins au gîte par un autre pèlerin, un espagnol, âgé de 59 ans, et originaire de Barcelone. Parti de Tours il avait auparavant visité les quatre cathédrales emblématiques de l’Ile de France : Reims, Amiens, Notre Dame de Paris, Chartres, et effectuais la partie française du chemin de St Jacques, ayant déjà cheminé sur les chemins du Puy en Velay, de Vézelay, d’Arles, et joint Rome à pied. Il connaît toutes les subtilités du camino françes, qu’il se fait un devoir de m’enseigner. Son seul défaut est de parler constamment pour pratique la langue française, et ne pas permettre ou très peu le contraire.

Le gîte est petit et il n’est guère possible de faire de la cuisine. Je m’y essaie quand même avec quelques résultats. Je passe une mauvaise nuit qui ne me repose pas. L’espagnol ronfle, et la lumière du jour puis de l’éclairage public frappe mon visage. Le matin le chant du coq annule ma tentative de me reposer. Aussi, à 6h20, sac bouclé, je prends la route que j’avais soin de copier sur le guide de l’espagnol.

Agréable itinéraire parmi les pins, pistes sablonneuses, mais calme infini, ponctué par le chant des oiseaux et l’observation des traces d’animaux dont les cervidés, laissées la nuit sur la sable des pistes.

Arrivé à Belin Beliet, l’adjoint au maire chargé de l’accueil des pèlerins, me procure une carte mise en forme par le Conseil Général des Landes, sur la traversée de ce département par les jacquaires. Je décidais de m’installer au gîte de Mons, afin de préparer mes prochaines étapes et de me refaire une santé. J’avais depuis le matin parcouru 21 Km, et le gîte de Mons est beau comme un centre de vacances. Ancienne bergerie rénovée par la mairie de Belin Beliet, il se situe à quelques mètres d’une église romane du 12èm Siècle. Le village de Mons a aujourd’hui disparu mais était important à l’époque des pèlerinages. Le mari de l’employée municipale chargé de la gestion du gîte se charge de me faire la visite commentée de l’église, avec ses deux absides accolées. Les tableaux en cours de restauration sont magnifiques, la présence d’une statue de st  Jacques sur pied, et de deux autels est caractéristique. A l’extérieur, il me fait remarquer la présence d’une pierre, posée sur le tranchant, au bas d’un mur de l’église. Il me raconte que les ouvriers chargés de la restauration, avaient déplacé cette pierre gênante et qu’à la suite, des fragments du mur ont commencés à tomber. Vite appelés à la rescousse, des ingénieurs du bâtiment ont relevé que cette pierre constituait une clef qui déviait l’eau d’un ruisseau qui passait par en dessous l’église…..

En vélo, dont le gîte était équipé, je gagnais par la route et chemins de pinède l’église du vieux Lugo, édifice emblématique du chemin de Saint Jacques, distant de 9 K, aller et retour.

A proximité du gîte coule la fontaine St Clair, qui, attire beaucoup de croyants, car dédiée à la vierge Marie.

Enfin, l’histoire ou la légende affirme qu’en ce lieu sont inhumés les preux compagnons de Roland, à leur retour  de Roncevaux. A proximité, pour marquer ce fait, une croix de plusieurs mètres de haut est érigée sur une stèle, au milieu d’une clairière.

Ce séjour à Mons a été une occasion de rompre avec la monotonie du voyage à pied, de faire le point et de reconstituer mon capital d’énergie pour les étapes suivantes.

D’ailleurs, le livre d’or relève le caractère paradisiaque de cette clairière.

A 6h30 le 12 juin, je prends le chemin pour Labouheyre, en passant par le Muret. Dès le début, je suis les indications me portant à emprunter des voies forestières, et qui m’amènent à me perdre en forêt, et à parcourir 6 Km en vain, sous une pluie battante. Obligé de marcher sur la Nat 10, je rejoins le Muret à 10h30, à l’entrée duquel  un panneau souhaite la bienvenue au pèlerin, dans le département des landes. A partir de Muret, un balisage spécifique allait me conduire jusqu’à Peyrehorade et Sorde l’Abbaye.  Le paysage se transforme en immensité de pin, fendues par des voies forestières de sable, interminables et monotones.  Grâce au balisage j’avance rapidement, sous un ciel bleu et un soleil redevenu ensoleillé. C’est harassé que je rejoins Labouheyre après 39 Km de marche. Malgré des erreurs de direction, dues à une incompréhension des textes du guide du conseil général.

A 19h00, m’attendaient Jacques et Jacqueline VALLERET dans leur maison dont une partie avait été transformée en gîte. Ils avaient l’intention d’effectuer le pèlerinage vers St Jacques, et en attendant, ils s’occupaient de l’hébergement et de la restauration des marcheurs, et pour Jacqueline de l’entretien du marquage de la partie du chemin situé entre Muret et Sorde l’Abbaye.

Je rencontrais deux autres pèlerins, dont Jorge, cycliste, avec qui j’avais déjeuné, devant l’église de Pissos, et mon espagnol prénommé Jean-José.

Concernant Pissos, devant son église se trouve une stèle qui indique la distance de 1000 Km distante des tours de la cathédrale de St Jacques de Compostelle.

Jacqueline a préparé le repas du soir constitué de soupe aux légumes, de poulet "basquaise", de gâteaux de maïs ou Millas, de Yaourt et de vin du pays de Chalosse. Nous faisons la vaisselle, et je me sauve rencontrer l’abbé BONNEHON Jean, (Bonnefontaine, en landais), en son presbytère. C’est un ami à Francis qui n’a pu me recevoir pour loger car en déménagement. En effet, la commune veut récupérer le presbytère et il a trouvé refuge chez Jacques et Jacqueline pour deux ans.

Après une excellente nuit, je pars le 13 juin acheter les croissants et baguettes pour le petit déjeuner, et déjeune avec l’ensemble. Les deux pèlerins partent de leur côté et moi je reste à discuter avec nos hôtes. Sur la route à 8h30, j’ai la surprise d’être héler par l’espagnol, qui avait pris du retard et qui ne devait pas me quitter jusqu’à St Palais. Mon avancée jusqu’à Honesse Laharie se résume en lignes droites, dans des forêts de pins, sur des chemins de landes ou de sable carrément, ou enfin de bitume au travers des champs de maïs.

Honesse Laharie nous accueille à 13h00, et après avoir fait ratifier mon crédencial à la mairie, le camping " Le Bienvenue" nous accueille et met à notre disposition un mobil home équipé de tout le confort. L’après midi se passe en lessive, recherche d’une alimentation, d’une pharmacie pour mes pansements, visite de l’église caractéristique du chemin de St Jacques, et discussion avec la gardienne du camping.

Après discussion avec mon espagnol, sur la suite de l’itinéraire après l’étape de Dax, je décide de na pas poursuivre sur Sorde l’Abbaye, à contre cœur, mais par Peyrehorade, ce qui me ferait arriver à St palais en bon état physique.

Le 14 juin, j’arrive à Taller après a 24 Km de marche qui m’ont fait ressentir une fatigue physique et nerveuse importante. Le nuit dernière avait été presque blanche, et malgré l’absence de contrariété, j’avais laissé filer le sommeil, signe d’épuisement nerveux : donc prudence.

Sur le chemin, je rencontre beaucoup de cyclistes qui vont vers St Jacques : de Hollandais lourdement chargés, mais libres de leurs mouvements. On ne les rencontre qu’une seule fois, car ils parcourent en moyenne et quotidiennement près de 100 Km. En sortant de Lesperon, j’ai été surpris de me trouver face à face avec l’un d’entre eux qui avait logé avec moi à l’auberge de jeunesse de Chartres le 12 mai. Il revenait de St Jacques après avoir parcouru près de 4 400 Km en vélo, depuis son départ le 28 avril. Un second cycliste, français, celui-là, me prévenais qu’à St Jean Pied de Port, 380 pèlerins attendaient quotidiennement d’être logés et nourris.

Malgré l’excellent balisage du Conseil Général, j’ai trouvé le moyen de me tromper de chemin avant Taller. Qu’importe, l’important est d’arriver. Dans ce village, le propriétaire du café alimentation détient la clef de la salle des fêtes mise à disposition des pèlerins. Le repas sera servi exceptionnellement par la patronne du bar le soir.

Ce village a vu s’élever un hôpital pour pèlerins, ainsi qu’une chapelle qui le classent dans les étapes du pèlerinage de la voie Turonensis. L’histoire de Taller fait la part à la présence des vikings qui faisaient régner la terreur dans les villages alentours. Louis IX en a eu assez et il a mis fin à ces exactions, dans un champ à proximité de taller. Sur cet endroit a été dressé un hôpital et une église. Ces deux édifices ont à présents disparus, mais, en quittant le village,  j’ai été étonné de constater, clouée à la porte d’une grange, un bouclier viking original, qui montrait un drakkar et des hommes à la manœuvre.  Une infirmière qui passait par là m’a précisé qu’un habitant de taller était spécialiste de son histoire, et que bien que disparu dernièrement, un successeur reprenait son ouvrage. Ce qui est rassurant est de ne pas voir disparaître cette culture  locale, dans un quelconque musée de Dax.

Concernant Jean José, il m’appelle « monsieur », et ne m’a jamais demandé mon prénom. Il montre un besoin résistible d’expliquer les choses et les évènements, et pose beaucoup de questions en français, sur la religion, la politique, la littérature et l’histoire, même française. Tout est l’occasion à exposer ses idées en français, qui dénote à la réflexion une grande curiosité, et une bonne culture générale. Sur lui-même, il ne se livre pas et n’exige à quiconque de le faire. Notre collaboration jusqu’à St palais provient de sa réflexion, alors que j’étais décidé à le quitter pour passer par Sorde l’Abbaye.

Me concernant, je m’exerce à la formulation de questions de base en espagnol, et profite pour me faire préciser des tournures de phrases, ou les origines des mots employés. Je n’ai pas le sentiment de ridicule, et j’ai la surprise d’avoir en retour des réponses à mes questions idiotes.

Demain 15 juin, je serais à Dax après une marche de 25 Km. L’étape est très intéressante au regard des magnifiques paysages qui annoncent les Pyrénées, dont la région sud de Dax, la Chalosse, de prairies, de vignes, de champs de maïs et de canards.

En chemin, je traverse d’innombrables voies d’eau souvent claire, issue des champs de maïs et de vignes.

L’arrivée à Dax n’est pas facile, car elle ressemble à peu près aux banlieues urbaines annonciatrices des centres villes. Ainsi, St Paul les Dax, de village de banlieue, est passée ville importante. L’Adour, seul les sépare. Passage obligé au syndicat d’initiative, je visite la cathédrale et trempe mes mains dans la fontaine d’eau sulfureuse à la température de 60°.

Je visite le centre ville très populeux cet après midi de chaleur, et me dirige vers le centre Larrayade. L’endroit est verdoyant, aéré, accueillant et pas cher. C’est un ancien séminaire, transformé en lieu ouvert sur la communication et l’accueil des pèlerins de St Jacques. Je dispose d’une chambre à deux lits dite « confort », avec WC et douche inclus. Mais le site est excentré, et je dois me contenter d’un sandwich et d’une bière pris dans le seul bar ouvert, en guise de souper.

Le dimanche 17 juin, dès 7h30, je quitte Larrayade pour Peyrehorade, sous une pluie battante, et la cape ruisselle autant dessus qu’à l’intérieur tant il fait lourd. J’avais écarté le projet de me rendre à Sorde l’Abbaye, parce que ce lieu ne se situait pas sur le chemin Turonensis, mais le sort allait en décider autrement.

Arrivée à Peyrehorade, à 11h00, après recherche et contact pris auprès du prêtre qui officiait à l’église du village, aucun possibilité d’hébergement ni de restauration n’était offerte sur place. Le temps pluvieux ne se prêtant pas à la promenade, je décide de me rendre à Sorde l’Abbaye, distant de 5 Km, ù m’attendait un gîte avec tout confort et un accueil digne d’un pèlerin. 

Trempé, j’aborde Sorde, en désespoir de cause car seul endroit de repos et de repas possible. Michel, le gardien des clefs du gîte me reçoit avec chaleur, et générosité. Il m’offre 4 œufs, du pain, du beurre et des pâtes pour constituer mon repas de 15h00, et le soir, je soupe dans l’auberge du village, d’un repas pèlerin. Nous sommes seuls pour l’instant, mais deux cyclistes belges vont nous rejoindre dans la soirée.

Deux étapes nous séparent de st palais, et déjà je ressens le caractère particulier de l’espagnol.  Etouffant dans ses rapports avec autrui, il devient vite dirigiste voir intolérant, exigeant toute l’attention de son interlocuteur, sous le prétexte qu’il a des difficultés à correspondre en français et à faire entendre ses idées. Par la suite, il s’est appesanti sur le manque de communicabilité des français qui ne veulent pas faire d’effort pour apprendre l’espagnol, ni essayés de parler espagnol dans leurs rapports avec les gens de ce pays. Pourquoi les français disent-ils « bonjour- bonsoir » et non l’équivalent en espagnol ? Ce qui est d’après lui une marque d’impolitesse voir d’irrespect et de dédain. Aussi, quand je lui réponds rapidement sans avoir bien compris sa question, il juge cela inconvenant et il s’irrite.

Aussi, je marche devant ne lui adressant que peu la parole, ou simplement lui pose une question de culture générale, dans l’explication de laquelle il se donne à cœur joie, et évite ainsi les anicroches personnelles…..

Je ne m’embarrasse pas à lui demander son avis, et prend tout en main, des affaires qui semble de l’intérêt commun, comme l’installation dans les gîtes, la cuisine et l’alimentation, voir la direction à prendre. Mais je lui réserve sa part de travail, jusqu’à ce qu’il y satisfasse.

Je visite Sorde l’Abbaye par un après midi ensoleillé. C’est un village charmant auprès duquel coulent le gave d’Oloron et à proximité celui de Pau, actuellement lieu de remontée des saumons, de l’atlantique.  Les reliefs de l’abbaye dominicaine mérite une étude appuyée, et beaucoup de respect pour le travail accompli.

Pendant que je m’occupais comme tous les soirs de mes pansements, Jean, le trésorier de l’association des amis de St Jacques me rend visite au gîte. Nous avons tenu une sérieuse discussion portant sur l’accueil, le marquage sur les itinéraires,et l’état des chemins dans les Landes. Cette démarche dénote l’intérêt que porte le conseil général sur l’image du département au travers la fréquentation du chemin de St Jacques.

Demain, le lundi 20 juin, j’atteindrai Bergouey, distant de 20 Km. Je comptais m’arrêter à Arancou, petit village avant Bergouey, pensant y trouver gîte et couvert. Aussi, après être parti dès 7h30, sans réveiller le couple belge, j’ai pris la campagne en traversant le gave d’Oloron. L’au était translucide, les galets de montagnes avaient remplacé les pierres et gravillons des rivières et rus des campagnes landaises. Au loin, dans un méandre de végétation verdoyante du gave se dessinait le clocher de l’église de Peyrehorade. Au loin, s’avançait la chaîne des Pyrénées, dans un changement de paysage radical. Les valons se succédaient, accusant les montées et les descentes selon leur humeur, au gré des passages de multiples cours d’eau ; Dès les premiers pas, les plantations de kiwi annonçaient une autre sorte de terrain gras et fertile, parsemé de prairies souvent en coteaux, sur lesquelles paissaient des vaches mais aussi des chevaux de race anglo normande, dont l’ élevage est très florissant dans cette contrée. Cette étape a sollicité des jarrets et des cuisses pour avancer d’un vallon à un autre. Je ne me demandais qu’à exercer mes jambes, fatigué des longues pistes des Landes, et du bitume. De ce côté-là, je fus servi en approche de la chaîne des Pyrénées, dont les montagnes se distinguaient nettement , le ciel étant d’une couleur bleu azur, et le soleil commençant à chasser les brumes matinales et à darder de ses rayons.

Arancou se présente, et me déçois tellement que j’en évite la visite de son église pourtant reconnue comme symbolique. Je me présente à la mairie, et une jeune femme me fait directement comprendre qu’il n’y a rien a attendre de son service pour déjeuner qu’un panier repas insignifiant et que si je refusais il suffisait que je prennes sur mes réserves, c'est-à-dire sur ce qui me reste de graisse….Fort mécontent de la réponse, je quitte la mairie fort déçu et fâché, pour me rendre à Bergouey où je ne m’attends à rien de plus comme hébergement et restauration.

A Bergouey, je prends contact avec la mairie qui m’annonce, Oh surprise, la disposition d’un gîte communal et la présence d’une boucherie pour achat de victuaille. Le gîte est un studio très confortable, et la charcuterie est en fait un laboratoire de charcuterie, auprès duquel je fais l’achat de cochonnailles pour le midi et le soir. A l’entrée du village, je suis accueilli par le maire, qui me met à l’aise sur les dispositions de son village et me recommande au charcutier traiteur. Ce dernier, Daniel Oyharçabal, élève des porcs de gascogne, et transforme leur viande bio dans son laboratoire avec l’aide d’un jeune employé. En fait, c’est Anne Lyse, son épouse qui se charge de me fournir en produits alimentaires fait maison: saucisses, chipolatas, côte de porc, pâté en boîte, et naturellement lait de vache frais, pain, fromage de brebis et café, dont le prix fort intéressant ne comprend pas le sourire, le sens de l’accueil, et le temps passé à expliquer le travail du charcutier traiteur biologique. Le jeune employé en action ce jour là m’explique la technique de confection des saucisses et chipolatas, et l’usage exclusif de boyaux de moutons et de porcs. Enfin, il faut bien déjeuner et c’est moi qui cuit tout cela.

Pendant l’après midi je n’ai pas de difficulté à me diriger dans Bergouey, la population reconnaît le pèlerin arrivé ce matin, lui parle, le dirige ; et le laisse pénétrer dans les fermes.

Le lendemain dernière étape vers St Palais, distant de 16 Km. Je dois traverser la Bidouze, rivière, d’eau claire, peuplée de truites des pyrénées. Sa traversée sera interdite pour raison de forage des structures du  seul pont vieux du 18ème siècle, en vue d’un élargissement de sa chaussée. Mais ce n’est pas connaître le marcheur, qui la veille, se rend sur place, prend contact avec le chef d’équipe et en ressort avec la certitude que lui seul traversera le lendemain. En fait un autre service sera aussi bénéficiaire de ce droit de passage, se sera la boulangère….Aussi, je rencontre lors de mon départ le chef de chantier et nous plaisantons sur la Bidouze, avant de prendre la route. St Palais est vite à notre portée, et je me dirige vers le syndicat d’initiative, pour les informations habituelles. Je rencontre les hospitaliers de la maison Franciscaine où je dois loger avant de me rendre vers St jean Pied de Port.

Pour notre séparation, je déjeune avec l’espagnol au restaurant dont il acquitte la note, avant de prendre le car pour Bayonne puis le train pour Barcelone. Me concernant, la suite sera une autre histoire.

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  Jean

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Le Baroudeur publié dans : saint jacques de compostelle
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Samedi 26 janvier 2008

Dimanche 13 mai 2007, à l’auberge de jeunesse de chartres, j’ai pris une journée de repos au contraire de courageux cyclotouristes, il est vrai hollandais, qui ont affronté dès 7h30 la pluie. Enfin un peu de confort et surtout un accueil sympa qui donne envie de fréquenter plus souvent ce genre d’hébergement.

Mes débuts dans l’acquisition de l’autonomie ne sont pas fulgurants. Mes balbutiements sont perceptibles à vue de nez, mais mon pseudo côté baba cool m’attire des réflexions spontanées qui ne sont pas exemptes d’acuité : genre c’est parce que je suis un homme, ou je ne suis pas une femme, que je n’ai pas la maîtrise du rangement de mes achats aux caisses des

Supermarchés.

Toutefois, si je ne passe pas inaperçu, je n’en attire pas moins de la sollicitude, voir de l’intérêt, sur ma personne et mon projet. Au contraire de ce que l’on peut penser, le contact n’est pas aussi aisé et direct entre »routards ». Mais le sourire, la gentillesse, et surtout l’image de ne rien attendre, ouvrent beaucoup le cœur des gens et leur acte de don.

Débuter la semaine avec la pluie et la finir de même n’est pas anodin  sur le moral à avoir dans ce périple, mais nous traversons les saints de glace et aux dires de certains, il y fait très froid. De toute façon, la température est, le soir venu, moins importante à prévoir pour le lendemain que l’itinéraire à emprunter, surtout si vous êtes sujet à vous perdre. Il faut dire que le manque de confort est chaque jour très prenant, mais perd aussi de son importance, au profit du chemin, et de l’intérêt que peut apporter chaque ville ou bourg traversés.

Après un court séjour bucolique et religieux à l’abbaye de Limon, près de Igny (91), l’hospitalité de l’abbé Lecourt de la paroisse de Rambouillet n’est plus à démontrer. Un conseil toutefois, il pourrait prévoir un matelas et un jeu de serviette et savon, pour les SDF qui trouvent à se loger dans les toilettes du presbytère. Le parc de Rambouillet est de toute merveille, propice pour les rencontres entre jeunes, et les longues promenades, parmi des jardins à la française, et des plans d’eau avec signes et canards. A visiter le château que Napoléon a beaucoup aimé. Par elle-même, Rambouillet est une ville calme, aérée et verdoyante sous le soleil. Le contact avec les habitants est sans ambages au premier abord, surtout autour de l’église, où se côtoient les SDF (le CCAS est mitoyen) et les fervents pratiquants de la religion.

Après avoir rejoint la gare de St Rémy les Chevreuse, j’ai traversé Dampierre et son château. L’église était ouvert, et la recherche du fameux tampon à apposer sur le Crédencial, m’a fait rencontrer Mme Martin, la coiffeuse du coin, qui a bien été en mal pour me trouver ce tampon au presbytère de Cernay la ville.

Je venais d’aborder le parc régional de la vallée de Chevreuse, et me dirigeais vers Epernon. Après bitume, et urbanisme, se succédaient les départementales mais aussi les sous bois, les champs, donc les chemins de campagne : se sont succédés les Vaux de Cernay avec son abbaye, et les petits mais riches villages, comme les Brûlins et  Vieille église en Yvelines.

Si ce n’est le manque d’accueil, Epernon est une petite ville de province, perchée sur son promontoire sur lequel trône l’église. Peu désireux de me rendre à Maintenon, pour discuter avec le curé de son peu d’amabilité, et d’ouverture d’esprit, je file sur Chartres avec pour objectif de raccourcir mon itinéraire suffisamment pour être à 14h00 au rendez vous donné par Philippe, guide de la cathédrale de Chartres.

Je suis l’itinéraire reconnu difficilement par mon coach Jean-Pierre, en traversant Houx, Yermenonville, et Harleville. Trop attentif à suivre à carte, afin de trouver le meilleur chemin, je me suis engagé sans le savoir dans la vallée de la Joyeuse où je me perds. De belle forêt en belle forêt, hors de mon itinéraire d’origine, je me vois contraint à passer la nuit à la belle étoile, comme prévu, mais pas en forêt dense et grouillante de vie animale. Cette idée ne me m’enchante pas, me référant au Nord de ma boussole, sans y déroger, j’arrive à en sortir à hauteur de Dionvalle, où je rencontre François.

Ce monsieur est propriétaire d’un bungalow sur la rive de l’Eure, près d’un ancien moulin et d’une ferme. François hésite, puis, rassuré par ma mine et notre premier contact, me propose son hospitalité dans un cabanon à outils, où je m’installe. 

Mon installation a été mon seul acte autonome de la soirée. Dès cet instant, François, me présente à Nénette et Ptiloup, deux chiens de chasse, dont le second est le pure produit d’un berger allemand, avec un renard suivi d’un labrador. F a 56 ans, semi en retraite, pensionné à 23%, qui vit de la chasse, de ses rapports de bon voisinage avec ses seuls amis, les fermiers du coin, et de l’élevage de fouines, dont deux sont « putoitisées ». Sa seule préoccupation est la présence de manouches et leur capacité de nuisance. Il a tout fait de ses mains, et comme pour me montrer plus encore ce qu’il est, il m’invite à le suivre dans une excursion de repérage de cervidés, qui a duré jusqu’à 21h00. A notre retour, c’est à l’issue d’un souper à la bonne franquette, autour de sa table de salle à manger, que j’au pu enfin me présenter, prénom, seulement.

Le lendemain, à 6h00, je quittais le cabanon, tout remis en ordre, pour Chartes distant de 16 Km. La polaire que Pilar m’a donnée n’est pas de trop pour me préserver des froidures matinales en raz campagne. La solitude commence à devenir familière, et s’installe doucement les sensations de dégourdissement des muscles, suivi par celui du cerveau, le plus long, qui accompagne le bouclage du sac à dos. Le coup d’œil devient plus aiguisé, la prise en main plus rapide, et la mise en route n’attend pas le petit déjeuner que je prends en chemin.

En fait, je suis parti très mal reposé. Arrivé à Chartres à 10h30, la fatigue se faisait sentir dans les jambes et au bas du dos. Un jour de détente s’imposait. Je file à l’auberge de jeunesse où je dépose mon sac. Contact pris avec Philippe le Rdv est maintenu pour 14h00, à la Cathédrale.

Sur place à l’heure dite, je me joints à un groupe de spécialistes parisiens du monde médiéval à qui Philippe avait l’intention de faire découvrir les flèches et combles de la Cathédrale.  

La hauteur des voûtes fait 36.55mètres, et de là haut, les visiteurs aperçus par le trou des clefs d’ogive, semblent bien petits. Tout prend une autre dimension, au niveau de chaque étage de la construction, les flèches et arcs boutants forment un ensemble comme une fine dentelle complexe à définir, à suivre du regard, dans laquelle l’esprit se sent perdu.

Où en est le début du travail des maçons, la fin du chantier ? Combien de clefs de voûtes ont été nécessaires pour stabiliser les lignes de force ? La recherche des lignes de force a été la base de réflexion du maître d’œuvre qui a pris comme exemple en l’améliorant le travail d’ingénieur déployé lors de la construction de Notre Dame de Paris. La clef de voûte, base du plein cintre, l’arc boutant, les contreforts pour compenser le poids des toitures sur les côtés, confortés par les améliorations résultants des incendies des toitures, du 15 ème siècle et de 1836, personnifient la cathédrale de Chartres au niveau technique de gros œuvre

Maintes charpentes, d’une complexité d’artiste, sont des chefs d’œuvres à elles seules. . Après l’incendie de 1836, les charpentes en bois ont été détruites, et ne sont restées que les voûtes des chapelles et du Cœur. Cette armature en bois a été remplacée par une structure façon « Eiffel », en fer, de toute beauté. Dans ces combles, le vent qui y pénètre atteint un force capable de soulever toutes les tuiles pourtant bien arrimées. C’est un élément déterminant de tous les dégâts occasionnés aux toitures.

Les vitraux atteints par la pollution sont placés sous protection d’un système novateur le thermocollage, mis en œuvre par une société de Chartres.  

 

Il y aurait beaucoup à dire sur cette ville, dont la visite obligatoire du centre internationale du vitrail, que j’ai pu fréquenter ce dimanche matin, après un passage par la Cathédrale, centre de rassemblement du pèlerinage des Tamouls résidents en France.

Demain, reposé, et détendu après avoir rédigé ces quelques pages, je vais me diriger vers Mignières, soit une « partie de campagne », « en pleine campagne ».

 

 

 

Jean-Albert

 

par Le Baroudeur publié dans : saint jacques de compostelle
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Jeudi 30 août 2007
je  viens de terminer mon introduction  à mon carnet de voyage sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Il comporte trois pages Word, et je ne me suis pas trop étendu, mais j'y ai mis la réalité de ma préparation à ce périple.
Je vais essayé de joindre ce document.
Les autres 53 pages formant mon carnet de marche sont encore soumises à ma correction avant de vous les livrer en accord avec ce que j'en pense. Le dossier actuellement entre vos mains est incomplet et truffé de fautes et d'inexactitudes.

Voir mon album de photos pour une meilleure appréciation de cette préparation.

"Je ne me souviens que de mes hésitations et des doutes à entreprendre ce voyage. Encore une envie d’évasion qui n’aurait pas de lendemain et me donnerait la satisfaction éphémère de l’avoir échafaudé. Seule la pensée de partir par les chemins me suffisait, la préparation me donnait le sentiment de sa réalisation, sachant que les contraintes de la vie quotidienne allaient s’y opposer.

Comme le soleil éclaire un jour nouveau et chasse les ombres de la nuit, et les nuages chargés de pluie, la proximité de mon départ en retraite, l’accord de ma femme, Pilar, et le soutien de mes proches et de mes amis de l’association Pédibus Jambus, ont fixé une date à la réalisation de projet.

Le mois d’octobre 2006, a vu naître la conviction de mon départ vers Compostelle en Mai 2008. Il s’intégrait bien dans une perspective de préparation à la retraite qui aurait été effective au mois d’octobre 2007, de diminution considérable de la charge de travail professionnelle, et des responsabilités liées à mon emploi. Aussi, la perspective d’une aventure de plusieurs mois sur les chemins de St Jacques devenait d’actualité et donc réalisable.

Je commençais à rassembler une masse de documentation sur le sujet, concernant la vie de Saint Jacques, les textes da la Bible le concernant, sa venue en Espagne et par la suite l’évolution du pèlerinage vers ce leu. Le montais par la suite le programme de marche, en tenant compte des livre traitant de ce sujet, et surtout des témoignages parus sur les sites d’internet, et celui plus pragmatique de Jean Pierre OUI.  Ce dernier m’a fait profiter de son vécu de pèlerin, son expérience, ses sensations, ses jugements et de la praticabilité de mes étapes, complétant ma documentation en cartes et en lectures.

Je disposais d’une documentation de base constituée lors des sorties avec l’association PJ, sur les « chemins de St Jacques », du Puy en Velay à Roncevaux. A cela s’ajoutaient les informations tirées des témoignages parus sur les sites internet, et les lectures de livres spécialisés que j’avais acquis.

J’essayais de m’imaginer le chemin idéal, sachant que je n’avais pas d’apriori à avoir, sauf de partir de Notre Dame de Paris, et d’emprunter la voie de Tours dite « voie Turonensis ». Je choisis en outre de me diriger vers Chartres et non vers Orléans, en raison de l’aspect plus symbolique de la Cathédrale de Chartres dans l’évolution des idéaux religieux et philosophiques, malgré la dérive hermétique, et de sa place dans l’histoire de France.

En accord avec mon service, la date de départ se précisait au mardi 08 mai 2007.

Je n’avais plus de doute sur l’inéluctabilité de mon projet, et je commençais un entraînement physique que je soumettais à Jean-Pierre, attendant un soutien et des conseils de sa part.

En tant qu’ancien pèlerin sur le chemin de Compostelle en 2003, il m’a accordé ses conseils et son accompagnement sur les itinéraires entre Paris et Chartes. En effet, à l’instar de ce qu’il avait fait, j’ai accordé mon attention aux premières étapes, particulièrement celles qui me séparaient de Chartres, craignant la traversée des agglomérations de l’Ile de France, et la marche sur de l’asphalte.

J’ai repris l’activité hebdomadaire de randonnée avec l’association PJ, à laquelle j’ai joint des sorties plus longues,  sur terrain diversifié, avec J.Pierre.

Au mois de Mars, partant de la gare de Lyon à Paris, et passant par le parvis de Notre Dame, nous avons atteint Chartres en trois étapes : Paris- Igny, Igny-St Rémy les Chevreuse, et enfin  St Rémy les Chevreuse-Chartres, par temps de pluie et de soleil.

C’est ainsi que j’ai pu découvrir la vallée de Chevreuse, et surtout réduire mes appréhensions à affronter une aventure en solitaire pendant une si longue absence de chez moi.

Pour adapter le mieux possible ma façon de marcher et mon confort, un podologue de Combs la Ville m’avait confectionné des semelles orthopédiques, pour chaussures de marche que j’avais acquises neuves au Vieux Campeur. .

Les deux premières étapes m’ont permis de les tester, et de découvrir qu’elles n’étaient pas adaptées à mes pieds. Elles m’avaient favorisées une inflammation de la voute plantaire, qui est demeurée malgré l’amélioration apportée, jusqu’à mon départ le 08 mai.

Le poids du sac à dos, son équilibrage, comment le porter, et le sangler, sont des sujets qui ont donnés lieu à moult réflexion et essais d’adaptation, jusqu’à la venue d’un portage confortable.

Plus la préparation avançait, plus l’envie de partir saisissait Jean-Pierre, au fur et à mesure que ces étapes préparatoires nous rapprochaient et que j’appréciais les détails de son expérience personnelle.

Parallèlement à la reprise de la randonnée, à cet entraînement vers Chartres, je pratiquais la natation avec Pilar, chaque dimanche matin, pour le renforcement musculaire et le maintien du dos, tout en assouplissant les tendons des articulations. Par l’adoption de la nage crawlée, et de la brasse, je prenais conscience de ma respiration et des techniques pour la maîtriser.

Enfin, je renforçais la musculature des jambes et l’ancrage des articulations du bassin par la pratique du vélo en salle de gymnastique, et celle des exercices d’élongation par une méthode de yoga.

Mon entourage familial et professionnel était témoin de ces préparatifs Jusqu’au dernier moment, certains doutaient de leur finalité. Seuls mes proches et JPierre pouvaient attester de l’imminence du départ.

A priori cela ressemblait fort à un entraînement pour une épreuve physique. Il manquait l’aspect mental à satisfaire. Cela vint lorsque je décidais de trouver matière à combler les longs moments de solitude intellectuelle, par autre chose que la rumination, ou l’introspection.

Je savais qu’à défaut de centres d’intérêt intellectuels que j’aurais pu développer tout au long du chemin, le cerveau soumis à une épreuve physique intense et continue, versait dans l’exploitation des préoccupations matérielles et métaphysiques, s’appuyant sur les épisodes de la vie, les sujets enfouis dans la mémoire, et jamais rappelés à elle par la conscience. Je ne savais pas de quelle manière faire face au sentiment de déprime que la lutte engagée pour les refouler allait faire naitre.

Je pensais à mes erreurs, mes nombreux doutes, mes choix vite regrettés, mais aussi aux conséquences d’une introspection personnelle qui ne serait pas flatteuse, et qui me minerait le moral alors que la confiance en moi s’effriterait.

Aussi, plongé depuis ma préparation intellectuelle dans l’histoire du moyen âge, l’évolution des idées politiques et des croyances, le pèlerinage vers Compostelle et la vie de St Jacques au travers la Bible, je résolus de demander conseil à l’Eglise.

Dans le cadre professionnel, j’avais comme relation syndicale un diacre, Patrice, qui a répondu favorablement à ma demande. Il m’a accompagné chez les Frères des Ecoles Chrétiennes, dont le responsable, le Père J Pierre , m’a reçu à ND du Ranche, à Teloche, et m’a parlé des psaumes et de leur aide au niveau spirituel. Il m’a fourni les bases en matière de réflexion personnelle, liée à la lecture de la Bible, de la pratique religieuse, et bien sûr au sens réel du pèlerinage.

Il va sans dire que lorsque j’ai été plus imprégné de la religiosité du pèlerinage, de sa culture, par la connaissance de l’action de l’abbé Pierre plus précisément, je n’ai plus eu de doute sur la profondeur des conseils alors prodigués. Je m’inscrivais dans la pensée et l’action de millions de marcheurs qui ont entrepris le chemin de Compostelle depuis le 9èm siècle. En cela consistait la réalité de mon initiation, de mon apprentissage d’une autre façon de voir le monde, la société et les populations qui y vivaient. Ceci semblait impossible à expliquer à quiconque à cette époque, mais je l’ai vécu tel quel, et je ne me suis pas trouvé hérétique, ni socialement déclassé pendant toute cette expérience.

Enfin, avant de partir j’avais parcouru le livre de Sylvain Tesson, « L’axe du loup », qui raconte son aventure « De la Sibérie à l’Inde, sur les traces des évadés du goulag », et qui dit dans le prologue que rien n’est impossible à l’homme « qui poursuit la liberté comme but unique ».

Cette liberté j’allais l’apprivoiser et l’expérimenter avec la formation urbaine que j’avais reçue. J’allais à la suite des jours, constater qu’effectivement, rien n’est impossible à l’homme, qui même à pied, dans les plus mauvaises conditions de voyage, avance et progresse à la découverte de ce que cache la colline qui se dresse devant lui."


Voila, je n'ai pu que coller le texte Word, sans créer de lien avec le document Word. A réessayer.

bonne nuit     Jean

 
 
 

par Jean publié dans : saint jacques de compostelle
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Mardi 28 août 2007
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Lorsque je suis arrivé à Saint Jacques de Compostelle,  je ne suis resté que le 23 juillet après midi, et le matin du 24 juillet.
Après un déjeuner d'adieu dans un restaurant près de la cathédrale, j'ai pris le chemin en direction de Fisterra, lieu ultime  devant les brisants de l'Atlantique